Différences entre les méthodes

1.Les référents théoriques convoqués 

indexLes différences entre les méthodes de philosophie pour enfants viennent  principalement des référents théoriques mobilisés. Les méthodes ont été influencées par diverses doctrines philosophiques et pédagogiques.

  • le courant « philosophique »

M. Lipman  reprend le concept de « communauté de recherche », ou d’enquête (inquiry) chez le philosophe Charles Sanders Pierce, et chez le pédagogue et philosophe John Dewey, d’inspiration philosophique à la fois pragmatique et démocrate.

Il se rattache, par son intérêt pour le raisonnement, au courant de la philosophie analytique anglo-saxonne du critical thinking (pensée critique), avec ses acquis du « tournant linguistique » (grand intérêt à la philosophie du langage, notamment Witggenstein, et aux formes du raisonnement). C’est la raison pour laquelle il avait un fort attachement à la logique (qui faisait , selon lui, défaut à ses étudiants).

  • Le courant « éducation à la citoyenneté »

L’approche de Michel Tozzi (professeur de philosophie) est très influencée par la philosophie continentale (Platon, Descartes, Kant, Hegel).41yyyj1pnyl-_sx319_bo1204203200_

Celui-ci a été  progressivement infléchi par la prise en compte de la sensibilité et de l’imagination dans l’éveil de la pensée réflexive, d’où son intérêt pour les mythes et la littérature de jeunesse.

Dans la recherche des fondements philosophiques de la discussion à visée philosophique (DVP), il cite souvent J. Habermas, pour sa philosophie du langage et de la démocratie, ainsi que son « éthique de la discussion ».

  • le courant « psychanalytique »

Jacques Lévine, psychanalyste et docteur en psychologie, est le fondateur de  l’Association des Groupes de Soutien Au Soutien (AGSAS, Rencontres pédagogie psychanalyse pour la formation aux relations de médiation, il mobilise donc des ressources psychanalytiques dans son approche des ateliers de philosophie pour enfants.

C’est la raison pour laquelle « dans la boîte à outils de Jacques Lévine, on trouve un certain nombre de mots qui sont à l’interface de la psychanalyse et de la pédagogie (Beaume Nicole, « La boîte à outils de Jacques Lévine », Le Coq-héron 4/2009 (n° 199) , p. 91-98 ).

Il a fortement marqué de son empreinte les ateliers de philosophie de l’association AGSAS, ateliers initiés par Agnès Pautard à Lyon en 1996, enseignante en maternelle menant une recherche depuis 20 ans sur les médiations pédagogiques

2.  Les objectifs visés index

  • Le courant « philosophique »

La communauté de recherche philosophique (CRP) de Lipman cherche à développer chez les enfants une « pensée d’excellence » (qui renvoie au « bien-penser » utilisé par Dewey) et se réfère à une pensée autonome, critique et créative développant des habiletés logiques et des attitudes éthiques.

  • Le courant « éducation à la citoyenneté »

La discussion à visée philosophique (DVP) a  un double objectif.

Le premier est philosophique: il s’agit d’ éveiller les enfants à la réflexivité sur la condition humaine et de les amener à penser par eux-mêmes. Il s’agit donc de  développer des compétences articulées dans la pensée, notamment de problématisation, de conceptualisation et d’argumentation rationnelle.

Le second objectif est politique et civique: il s’agit d’éduquer les élèves à une « citoyenneté réflexive ».

  • Le courant « psychanalytique »

Le ateliers de philosophie AGSAS ne visent pas un travail de type méthodologique sur des processus de pensée. Ils ne cherchent pas à provoquer une discussion entre enfants ou une délibération entre enfants (comme chez Lipman). Il s’agit plutôt de permettre à tout enfant de faire l’expérience irremplaçable d’être à la source de sa pensée.

Ce courant souhaite travailler aux conditions de possibilité psychiques d’une constitution de la pensée autonome qui prend conscience qu’elle est une pensée en lien avec les autres mais séparée des autres, celle d’un sujet pensant qui fait l’expérience de son être pensant (d’un « parlêtre » comme dit Lacan) c’est cela le « cogito lévinien ».

3.  Le type d’activités proposéesinde

  • le courant « philosophique »

Dans la Communauté de Recherche Philosophique de Lipman, on part toujours de la lecture, si possible par des élèves successifs, d’un extrait d’un roman philosophique.

Les enfants posent ensuite les questions qui les intéressent à partir du texte ; on en choisit une ou plusieurs dont on va débattre (en regroupant et éliminant les questions). C’est déjà un premier travail conceptuel puisque les enfants sont invités à  réfléchir aux sous-entendus des questions posées.

La délibération en communauté de recherche commence alors sous la conduite attentive et exigeante du maître. Après/ pendant pendant la délibération, les enfants peuvent s’appuyer sur les pistes données dans le livre.

  • le courant « éducation à la citoyenneté »

Dans l’approche de la DVP, les enfants partent d’une question, directement ou à partir d’un support (album ou mythe), et entame une discussion.

Le pouvoir de co-animation est partagé entre le maître (animateur sur le fondindex des échanges, responsable des processus réflexifs à mettre en œuvre) et certains élèves :

le président donne la parole selon des règles (« On ne se moque pas », « on écoute celui qui parle », « je donnerai la parole en priorité à ceux qui ont le moins parlé ou aux plus jeunes »).

le reformulateur dit ce qu’il a compris du propos d’un intervenant

le synthétiseur prend des notes pour renvoyer un compte rendu des idées au groupe.

les discutants doivent expriment leurs idées et faire avancer la discussion.

les observateurs considèrent les différents rôles et les processus de pensée.

  • le courant « psychanalytique »

Tous les enfants sont installés de façon à se voir. Une fois le cadre rappelé, le mot inducteur lancé, les enfants sont invités à  réfléchir en silence pendant une minute. Puis le bâton de imagesparole circule.

Les enfants savent que l’atelier est un espace de pensée, qu’ils ne sont donc pas obligés de prendre la parole, qu’ils ne seront pas interrompus et que toute parole est respectable. Après les dix minutes, l’atelier, selon les cas, se poursuit par un temps de retour sur ce premier temps (échanges sur les ressentis).

4. Le degré de guidage

igesDans les ateliers de philosophie AGSAS, l’animateur se tient en retrait. S’il est très présent au niveau du cadre,  il accepte cependant de suspendre sa parole aussi bien verbale que corporelle, et de renoncer à toute attente au niveau des contenus pour que la pensée des enfants advienne dans une dynamique naturelle.

Dans les deux autres approches, l’animateur intervient pour veiller aux exigences des processus de pensée, mais en favorisant l’interaction directe ou médiatisée des enfants entre eux, favorisant d’autant un processus de construction par les élèves. On passe donc du silence du maître à des interventions du maitre ciblées sur les processus de pensée favorisant les interactions des participants.

Dans l’approche d' »éducation à la citoyenneté », le maître est plus présent que dans le protocole Lévine, mais il a pour objectif de s’effacer progressivement pour laisser le groupe s’autogérer. Dans le courant « philosophique », la parole des enfants a une très grande importance mais la place de l’enseignant est aussi centrale. Il a un rôle déterminant dans la rigueur du dispositif car il guide la communauté de recherche philosophique vers une véritable démarche intellectuelle de raisonnement et de réflexion.

5. La place du/des support(s)

indexLes ateliers de philosophie AGSAS commencent avec des questions de l’enseignant et des élèves (voire un thème); puis ils sont amené à introduire un « mot inducteur », proposé par le maître (ex : grandir, le rêve, l’amitié, la peur…)

Dans le courant « philosophique », les enfants partent de la lecture d’un des huit romans de Lipman (élaborés ad hoc selon l’âge des enfants et le domaine philosophique traité). La place que le texte occupe dans ce dispositif est centrale. l’idée est que si l’on veut faciliter l’apprentissage d’une pensée réflexive rigoureuse, il faut apporter des supports culturels riches de sens. La question du texte littéraire est déterminante dans le mouvement Lipman. Lipman ne croient pas que les enfants soient « naturellement » philosophes et qu’il suffit qu’ils soient installés dans un dispositif favorisant la libre parole pour qu’ils exercent et développent des capacités à raisonner ou à penser.

Dans le courant d' »éducation à la citoyenneté », l’usage de supports n’est pas central, il n’est pas au cœur du dispositif comme dans la méthode Lipman. le texte a surtout pour fonction de faire émerger le questionnement et peut donc être totalement abandonné durant la discussion.

Dans l’approche de Michel Tozzi, on part directement d’une question, proposée par le maître ou les enfants  (on peut utiliser une boite à questions), ou d’un texte – soit de la littérature de jeunesse, soit d’un mythe platonicien, soit de situations problèmes.

 

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