Pourquoi philosopher avec les enfants à partir des mythes ?

Atelier Philo pour enfants à partir des mythes

 

L’activité philosophique et la lecture des mythes ne sont-elles pas deux choses très différentes  ? 

 

En effet, les mythes et le logos sont habituellement considérées comme deux sphères qui s’excluent mutuellement.

Le mythe s’adresse à l’imagination, raconte une histoire et s’adresse à la sensibilité  alors que le logos est le discours/la parole rationnelle qui cherche à faire voir la réalité du monde.

 

Pourquoi  introduire l’activité philosophique par la lecture des mythes ?

 

Je m’appuie ici sur le livre de Michel Tozzi, Débattre à partir des mythes, à l’école et ailleurs.

Avant de philosopher, les hommes se sont appuyé sur les mythes pour trouver des réponses aux innombrables questions que leur posaient leur présence sur terre. Ces récits leur donnaient des explications sur le commencement des choses, ils y trouvaient des justifications aux interdits etc.

 

  • Où commence la philosophie?

Dans Les origines de la philosophie, l’historien Jean-Pierre Vernant explique que « tout a commencé au début du VIe siècle avant notre ère, dans la cité grecque de Milet, sur la côte d’Asie Mineure où les Ioniens avaient établi des colonies riches et prospères. En l’espace de cinquante ans, trois hommes: Thalès, Anaximandre, Anaximène, se succèdent, dont les recherches sont assez proches par la nature des problèmes abordés et par l’orientation d’esprit, pour que, dès l’Antiquité, on les ait considérés comme formant une seule et même école.  Dans l’œuvre des trois Milésiens la Raison se serait tout à coup incarnée ».

Rien ne subsiste chez les Milésiens de l’imagerie dramatique des anciens mythes (comme la Théogonie d’Hésiode) qui racontaient « la façon dont le monde avait émergé du chaos, dont ses diverses parties s’étaient différenciées, son architecture d’ensemble constituée et établie. Le processus de genèse, dans ces récits, « revêt la forme d’un tableau généalogique; il se déroule suivant l’ordre de filiation entre dieux, au rythme des naissances successives, des mariages, des intrigues mêlant et opposant des êtres divins de générations différentes ».

Leur disparition marque l‘avènement d’un autre mode d’intelligibilité: « les Milésiens ne font intervenir dans leurs schémas explicatifs aucun être surnaturel. Avec eux, la nature; dans sa positivité, a envahi tout le champ du réel; rien n’existe, rien ne s’est produit ni ne se produira jamais qui ne trouve dans la phusis, telle que nous pouvons l’observer chaque jour, son fondement et sa raison. »

  • Si la philosophie émerge du mythe, et s’en détache, elle continue cependant de lui faire des emprunts.
  • c’est pourquoi, l’œuvre de Platon, en ce sens, donne à lire des récits qui ont tous les traits du mythe mais qui s’inscrivent et soutiennent une démarche rationnelle: l’allégorie de la caverne, le mythe de l’anneau de Gygès, le mythe d’Aristophane, le mythe de l’attelage ailé, le mythe d’Er. Ce sont des mythes que l’on qualifie de « philosophiques ».
  • Ainsi, « aborder la philosophie par les mythes, ne consiste qu’à la rejoindre en ses commencements. L’enfant d’aujourd’hui se pose des questions d’hier, on l’aidera à construire ses réponses – ou du moins à rassembler des matériaux pour des réponses provisoires – en lui faisant rencontrer quelques uns de ces mythes qui donnent à penser »  (p.7).

 

Le plaisir du récit au service de l’effort rationnel

  • Du fait de leur caractère descriptif et narratif, les mythes parlent de façon concrète et symbolique à la sensibilité et à l’imagination des enfants, facilitant les identifications aux personnages

Mais, si le récit mythologique permet d’introduire facilement l’activité philosophique, il y a une « séduction du mythe qui risque d’obnubiler la raison » (p. 8).

En effet, les enfants, sous le charme du récit, peuvent avoir du mal à s’en dégager, le risque est qu’ils restent dans la fiction sans qu’il ne soit possible d’amorcer la discussion philosophique. Or, le mythe n’a pas ici vocation à plaire mais à donner à penser.

 

  • S’il peut séduire et endormir la raison, ce n’est pas pour autant qu’on ne puisse pas s’en servir comme d’un outil pédagogique. Il s’agit de trouver le bon usage, celui du mythe comme support pour la pensée et, pour cela, de trouver la façon de briser la magie du récit mythique pour en expliciter le contenu rationnel et engager la discussion.

 

 

 

 

 

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