Pourquoi la liberté d’expression compte-t-elle tant en démocratie?

Une interview, du 2 septembre 2017, dans le Devoir (journal québécois), de Marc-Antoine Dilhac, professeur au Département de philosophie de l’Université de Montréal, auteur de La tolérance, un risque pour la démocratie ? (Paris, Vrin, 2014), qui permet de comprendre pourquoi la notion de liberté d’expression est une notion complexe, à défendre, qui soulève de nombreux questionnements. 

voici un extrait: 

Y a-t-il une différence entre liberté de parole et liberté d’expression ? Les formes d’expressions visuelles, comme les caricatures, les statues ou les drapeaux, posent-elles un problème particulier ?

Les tensions que l’on voit régulièrement resurgir en Europe sur les caricatures qui mettent en scène des musulmans proviennent de l’application très imparfaite du droit à ne pas être stigmatisé en public. Une part importante des musulmans, en France par exemple, se sentent profondément insultés par des représentations dégradantes dans une société où ils sont déjà en situation d’inégalité et de discrimination. Cela pose le problème du statut des représentations visuelles qui véhiculent de manière ambiguë des idées et contribuent à diffuser une image négative de certains groupes. Mais justement, cette ambiguïté est essentielle, car il est plus difficile d’interpréter le sens d’une caricature que le sens d’un propos raciste. Les représentations visuelles (et d’une manière générale les oeuvres d’art) ne sont pas réductibles à des opinions, encore moins à des arguments.

Le cas des monuments publics, comme les statues qui sont au coeur de la bataille de Charlottesville, est différent. Les monuments sont des patrimoines historiques et ils témoignent de la manière dont une collectivité a conçu son histoire officielle. Or les collectivités changent et se fragmentent, et les débats sur l’histoire sont constitutifs de leur identité. Il existe toujours plusieurs récits historiques qui sont souvent conflictuels et inconciliables. À Charlottesville, l’histoire dominante de l’esclavagisme se voit contestée par une partie de la population, qui veut écrire publiquement une autre histoire. On peut comprendre la résistance de l’autre partie de la population, qui est attachée à cette histoire contestée et qui ne renonce pas au débat sur le sens de leur histoire et sur leur identité. Mais il semble que le compromis sur l’esclavagisme soit désormais caduc et, comme dans toute période de transition historique, on abat les statues d’une société que l’on ne reconnaît plus comme la sienne.”

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