Discussion à visée philosophique

 

  • La discussion  à visée philosophique n’est ni un cours de philo dialogué ni un débat ou les participants argumentent pour convaincre les autres, où l’on établit qui a tort et qui a raison. Elle est une invitation à dépasser la simple opinion, à interroger les évidences et à construire ses idées dans l’échange avec les autres. La discussion philosophique mise en place par Matthew Lipman suit une démarche épistémologique. 
  • La discussion à visée philosophique permet de développer l’esprit critique et la pensée créative dans un climat bienveillant. Cette pratique s’adresse à tous, enfants et adultes, dans un cadre scolaire, d’éducation populaire ou professionnel. La démarche Lipman éveille curiosité et plaisir de penser chez tous. Travaillant à la prise de conscience des processus de pensée, elle favorise la coopération et l’ouverture d’esprit. 

  • Le questionnement, central dans cette méthode, se distingue par la mise en place d’une communauté de recherche : il s’agit de tester les idées et d’envisager une problématique collectivement sous différents points de vue. 
  • Une particularité centrale dans la démarche lipmanienne: la question n’est pas imposée, elle émane des préoccupations croisées des participants suite à un choix collectif. L’animateur crée les conditions de l’émergence de cette question en proposant une activité/mise en situation/expérimentation qui constitue l’objet commun. Le groupe se construit à partir de cet intérêt commun qui engage la mise en chantier collective de la pensée
  • L’animateur n’a pas de messages à transmettre, n’oriente pas le contenu des échanges mais garantit, en toute bienveillance, la rigueur intellectuelle de la discussion.
  • La discussion philosophique développe et met en oeuvre des habiletés de pensée liées à la pratique philosophique:  formuler des hypothèses, donner des exemples et contre-exemples, définir, identifier des présupposés, donner des raisons, des critères, rechercher des alternatives, débusquer les erreurs de jugements etc. 
  • Il s’agit de développer l’esprit critique et la pensée créative dans un cadre bienveillant et d’écoute active, de prendre le temps de s’écouter et de s’interroger afin de goûter au plaisir de la pensée 
 

 

DÉROULEMENT D’UNE DISCUSSION À VISEE PHILOSOPHIQUE 

 
  • Dans un premier temps, les participants indiquent les différentes questions suscitées par le support (œuvre d’art, support narratif, film etc.). Aidés par l’animateur, ils en choisissent une. Une fois la question philosophique collectivement choisie, les enfants s’expriment ensuite librement, chacun à leur tour, en saisissant le « bâton de parole ».
 
  • L’usage du bâton de parole permet de faire respecter les règles de la discussion établies au préalable (« ne pas couper la parole », « ne pas se moquer », « suivre l’évolution de la discussion » etc.). Les enfants expriment leurs points de vue, leurs questionnements et dialoguent entre eux. 
  • L’animateur a un rôle de guide. Par la rencontre des points de vue et par la confrontation des argumentations, les enfants font alors l’expérience de leur propre pensée et apprennent à la justifier, ils entendent des points de vue différents des leurs, afin de bâtir une réflexion collective. 
  • Les habiletés de pensée liées à la pratique philosophique, d’abord prises en charge par l’animateur sont ensuite relayées progressivement par les participants : rechercher, définir, organiser l’information, évaluer les sources, nuancer, donner des exemples etc.
  • Ce cadre de recherche philosophique aide les participants à examiner les fondements de leur pensée (présupposés et représentations) ainsi que les implications pratiques  des idées qu’ils élaborent. 

    Il permet également de faire prendre conscience aux participants des processus de pensée à l’oeuvre et non de conclure forcément la discussion en formulant une réponse. Cette « absence de réponse », qui peut être déstabilisante, met justement en avant la recherche et son processus. 

  • Ce processus collaboratif permet à chaque participant d’évaluer sa pensée en mettant à l’épreuve ses propres présupposés. Il a donc une dimension sociale et politique forte permettant d’élaborer sa pensée  dans un contexte démocratique.