Atelier de philosophie avec les enfants à partir du mythe de l’Attelage ailé

Atelier de philosophie avec les enfants à partir du mythe de l’Attelage ailé de Platon

 

Lecture du mythe de l’Attelage ailé de Platon

  • Cet atelier s’inscrit dans la continuité des ateliers philo pour enfants autour des mythes philosophiques
  • Après avoir abordé le mythe de l’anneau de Gygès, j’ai trouvé intéressant que les enfants aient une discussion à visée philosophique autour du mythe de l’attelage ailé de Platon.
  • Pour la lecture du mythe de l’Attelage ailé, je me suis appuyée sur l’adaptation faite pour la jeunesse par les éditions du Chemin Vert : « Le mythe de l’Attelage ailé ou les chevaux de l’âme ». Les illustrations sont superbes et le texte très accessible pour les enfants.

 

A propos du mythe de l’attelage ailé

C’est dans le dialogue Phèdre (246 a – 248c) que Platon écrit ce mythe pour expliquer la nature de l’âme.

  • L’âme est symboliquement représentée par un attelage ailé céleste: le cocher est la raison qui gouverne et l’attelage est tiré par deux chevaux. Chez les dieux, les chevaux sont excellents, ils suivent la direction que donne le cocher.
  • En revanche, pour les humains, l’attelage est plus complexe, les deux chevaux ne réagissent pas de la même manière aux ordres du cocher:
    • L’un, obéissant, blanc et noble, aspire au ciel.
    • L’autre, noir et massif, est attiré par la terre. Il représente la partie désirante de l’âme.
  • Ainsi, si le cocher sait où il veut aller, il est très difficile pour lui de diriger les deux chevaux en même temps.

Dans ce mythe, le monde est représenté par une voûte. Si l’on arrive à regarder par dessus, on peut avoir accès à la vérité des choses. on peut observer le monde tel qu’il est avec toutes ses réalités.
Les dieux peuvent sortir de cette voûte et contempler la vérité de l’âme. En revanche, les âmes humaines ont beaucoup plus de difficultés à le faire parce qu’elles doivent s’occuper du cheval noir.

Discussion philosophique avec les enfants autour du mythe de l’attelage ailé

Suite à la lecture du mythe, les enfants sont, dans un premier temps, invités à reformuler le mythe.

Dans un deuxième temps, je formule les questions suivantes: « que représentent le cheval noir et le cheval blanc? », « Pourquoi ne tirent-ils pas dans la même direction? »

Les enfants reviennent sur la description des chevaux (couleur, taille etc.) et les comparent.Très vite, ils se demandent pour quelle(s) raison(s) le cheval noir refusent d’obéir et/ou ne peut s’élever dans le ciel pour aller au-delà de la voûte. Ils échangent à ce sujet des hypothèses: Peut-être est-il trop gros/a-t-il trop mangé? peut-être est-il trop flemmard? Peut-être est-il en colère et il va dans tous les sens? etc. Dans tous les cas, leurs hypothèses concernant le cheval noir évoque les émotions.

La discussion s’oriente ensuite autour du caractère problématique du cheval noirils considèrent que le cheval noir pose problème parce qu’il entraine le cheval blanc et que le cocher doit passer son temps à rééquilibrer les deux chevaux afin de ne pas s’écraser. Selon eux, le rôle du cocher est de faire en sorte de rapprocher le cheval blanc afin qu’il convainc le cheval noir de « faire équipe ».

A ce moment de la discussion,  je rebondis sur ce qu’il vient d’être dit, je reformule afin d’introduire des notions philosophiques portée par le mythe: on pourrait comparer l’âme humaine à un cocher tiraillé entre le cheval noir du désir (obstacle à la connaissance et à la sagesse) et le cheval blanc de la raison (voie vers la vérité et le bonheur).

Puis, j’introduis la question suivante: « selon vous, est-ce que notre volonté est toujours guidée par la raison? »

Vers la fin de l’atelier un enfant intervient et dit que « la solution serait que le cheval blanc soit un peu plus noir et que le cheval noir soir un peu plus blanc », alors « l’attelage ne volerait pas aussi haut que celui des dieux mais au moins le cocher serait stable ».

Il aborde le yin et le yang dans la philosophie chinoise (dont il a entendu parlé dans sa famille) et trouve que  » c’est mieux quand le noir a un peu de blanc et le blanc un peu de noir ».

J’ai trouvé sa réflexion absolument géniale et elle est venue alimenter de façon très riche la discussion. En effet, le mythe de l’attelage ailé  inaugure un système de pensée dualiste qui aura une influence décisive sur l’univers intellectuel et toute la culture du monde occidental judéo-chrétien. En évoquant la philosophie chinoise, cet enfant abordait une autre forme de dualisme faisant alors entrer en résonance deux philosophies très différente.

 

L’atelier philo en image !

 

 

 

 

 

 

2 réflexions au sujet de « Atelier de philosophie avec les enfants à partir du mythe de l’Attelage ailé »

  1. Bonjour questions naivse… t’attendais-tu à une certaine réponse ou interprétation des enfants de ce mythe? Pourquoi la reformulation? Pourquoi partir de tes questions plutôt que celles des enfants? Pourquoi est-ce le cheval noir qui est problématique? Et non le blanc?
    Merci, Me réjouis de te lire.
    Michel

    1. Bonjour, merci beaucoup pour ton commentaire Michel qui me permet d’approfondir et d’expliciter certains points!

      Je ne m’attendais pas à une interprétation particulière des enfants au sujet du mythe. Dans tous les cas, c’est une posture qui me parait être contraire à celle que doit avoir l’animateur d’ateliers de philosophie et je m’efforce lors des ateliers d’être la plus neutre et « en accueil » possible (sans doute je n’y arrive pas toujours, c’est un long apprentissage..!). Lors de cet atelier, j’étais ouverte à leur(s) réflexion(s) et à leurs échanges.
      Si je me suis permise de reformuler leurs propos à un moment donné de la discussion, c’est parce que les enfants évoquaient, en dressant le parallèle entre eux et le cocher, les tiraillements de leur vie quotidienne et la difficulté à faire obéir le cheval noir: difficultés à ne pas trop manger de bonbons, préférer aller s’amuser que faire ses devoirs etc. Il m’a semblé intéressant d’évoquer, en allant vers plus d’abstraction, le dualisme entre désir et raison, qu’aborde le mythe, puisque la discussion se focalisait alors sur un inventaire des tiraillements quotidiens vécus par chaque enfant (les enfants, les uns après les autres, parlaient de leurs propres dilemmes sans entrer en discussion avec les autres).
      Mais, et c’est un point que te soulève dans ta question et qui est problématique, est-ce que cette intervention était nécessaire voire malvenue? Effectivement, j’ai un doute sur la pertinence de ma remarque et de la question que j’évoque à ce moment. peut-être j’introduis une interprétation du mythe alors que je souhaitais rebondir sur leurs réflexions pour aller faire une discussion plus abstraite. Qu’en penses-tu?

      Concernant le caractère problématique du cheval noir, j’ai sans doute été un peu rapide dans mon exposé. Certains enfants ont effectivement évoqué le fait que le cheval noir, parce qu’il était peut-être plus « fou » et « énergique » permettait, même s’il allait dans tous les sens, au cheval blanc d’avancer. C’est à ce moment qu’un enfant a évoqué le fait que le cheval blanc avait peut-être un peu trop  » la tête dans les nuages » et « oubliait de battre des ailes pour avancer ». D’ailleurs, c’est sans doute la réflexion des enfants qui ont souligné le caractère positif du cheval blanc qui a ensuite amené le groupe à penser que le cheval blanc devrait être un peu plus « noir » et le cheval noir un peu plus « blanc ».

      Je serais ravie de te lire si tu as des commentaires à me faire à ce sujet !
      Merci encore,

      Claire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *